Alda Greoli : « Trop de gens pensent qu’ils n’ont pas droit à la culture »

Rôle de la culture, gratuité dans le secteur, cinéma, élargissement du tax-shelter aux arts de la scène, développement du mécénat… en ce jour de fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sept extraits de notre interview d’Alda Greoli, ministre de la Culture.

1. Sur une éventuelle régionalisation de la culture

«Je suis totalement contre. Et je n’ai toujours pas trouvé quelqu’un pour m’expliquer en quoi il y aurait le moindre intérêt à faire autrement. Plus vous multipliez les lieux de pouvoir, plus chacun a envie de spécifier ce qui le rend unique et différent. Donc demain, si on régionalise, on va nous dire qu’il faut deux musées de la photographie, deux ensembles de musique baroque… On s’est déjà assez compliqué la tâche dans le domaine des soins de santé, de grâce, ne faisons pas la même chose avec la culture. D’autant que la culture est un excellent médicament pour la santé…»

2. Sur le rôle de la culture

«Dans ce pays, toutes classes confondues, il y a trop de gens qui pensent qu’ils n’ont pas droit à la culture, que c’est pour les autres. J’ai envie de faire progresser la partie des citoyens qui se sent le droit d’aller à la rencontre de notre culture. L’éducation à la culture est terriblement importante. C’est pour ça que pour moi, la culture est première, avant même l’enseignement. De la même manière, si l’on parle architecture, la physique des forces et l’analyse des vecteurs en mathématiques sembleront barbares à un élève qui n’aura pas compris à quoi ça sert. Mais montrez-lui un arc porteur dans une église romane ou gothique, et je vous assure qu’il comprendra bien mieux l’interaction des forces.»

3. Sur la gratuité en culture

«En culture, comme ailleurs, j’ai un principe: si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit. Je ne crois pas à la gratuité. Les nouvelles technologies font trop croire au public que tout peut être gratuit. Je pense que la rencontre culturelle nécessite une démarche de l’artiste vers son public, et inversement. Vers un cinéma, une pièce de théâtre, un ballet. On ne fait pas entrer la culture de force chez les gens, en les gavant. Par contre, en éduquant, en accompagnant, en étant médiateur, on peut donner envie. Et ça, ça a un coût.»

4. Sur un élargissement du tax-shelter cinéma (pour une entreprise, avantage fiscal en cas d’investissement dans le secteur) aux arts de la scène et le risque de concurrence

«Peut-être que cet élargissement attirera aussi de nouvelles entreprises dont les directions ne s’intéressaient pas au cinéma et sont plus sensibles au théâtre. Et puis, je préfère qu’elles aient à choisir que de ne rien pouvoir choisir. Il vaut mieux ça que d’aller mettre l’argent là où il est moins utile à la société. Bien sûr, ces entreprises ont fait des gains en termes de fiscalité ou de rentabilité, mais on sent aussi qu’elles sont fières, elles se sentent actrices de quelque chose. J’ai le plus grand respect pour les entrepreneurs, qu’ils soient artisans, PME ou à la tête de grosses sociétés. J’ai un autre sentiment à l’égard des financiers qui ne recherchent que l’argent.»

5. Sur le fait que le public n’est pas au rendez-vous pour le cinéma francophone

«On ne laisse pas le temps au temps. On n’a jamais eu autant d’argent dans le cinéma belge et la qualité de ce qu’on produit – sans parler des emplois que cela génère – n’a jamais été aussi élevée.»

6. Sur le fait que la RTBF ne le met pas, ou trop peu, en valeur, à l’inverse de ses séries «maisons»…

«Dans la prochaine négociation du contrat-programme de la RTBF, je suis persuadé qu’il y aura une attention renforcée là-dessus. Après, je le rappelle, l’Audiovisuel est une compétence qui appartient à Jean-Claude Marcourt. Mais je suis sûre que la RTBF fait davantage d’efforts qu’auparavant. Et prouve, avec le succès de ses séries, que la cause n’est pas désespérée: quel est le Francophone qui n’est pas fier de ces deux séries (NDLR: La trêve et Ennemi public)? Qui n’est pas content que leurs auteurs aient été contactés par Netflix? Ou qu’elles soient rediffusées sur France 2 ou TF1?»

7. Sur le fait que la culture soit porteuse d’emploi (80 000) et la possibilité de développer le mécénat

«Beaucoup d’entreprises sont demandeuses. En tant que présidente du comité de concertation interministérielle sur la culture, je vais proposer à mes collègues de réfléchir à une définition du mécénat. On a vu en France ce que cette loi a donné de positif… Une définition du mécénat et des incidents fiscaux liés permettrait à ces entreprises de pousser plus loin encore la notion de responsabilité sociale qu’un tel investissement signifie.»

 

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